La liberté de la presse au Mali en déclin

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RNW Media

La liberté de la presse au Mali s’est fortement détériorée ces dernières années, reflétant une instabilité politique persistante, la domination militaire et une insécurité croissante dans la région du Sahel. Autrefois considéré comme relativement ouvert en Afrique de l’Ouest, le pays est désormais classé parmi les États où la presse est « non libre », ce qui souligne les restrictions sévères imposées aux journalistes et aux médias indépendants.

L’un des aspects les plus préoccupants est la répression directe des journalistes par les autorités de transition. Selon Human Rights Watch, l’arrestation de journalistes pour des contenus critiques est devenue plus fréquente.

Youssouf Sissoko, directeur du journal L’Alternance, a été arrêté le 5 février. Il a été placé en détention pour « diffusion de fausses informations », « atteinte à la réputation de l’État » et « insulte envers un chef d’État étranger ». Le journaliste avait repris une tribune qui accusait le président du Niger, Abdourahamane Tiani, de mensonge. Ce dernier avait affirmé que les présidents Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara soutenaient des groupes terroristes ayant attaqué l’aéroport de Niamey. Jugé le 24 mars 2026, Youssouf Sissoko a été reconnu coupable et condamné à deux ans de prison ferme. C’est une peine rarement prononcée contre un journaliste au Mali.[O1] 

En parallèle, les autorités maliennes ont également pris des mesures contre les médias eux-mêmes. Des organes de presse internationaux et indépendants ont été suspendus ou interdits, alimentant les inquiétudes quant à la censure.

Le gouvernement de transition a suspendu définitivement RFI et France 24 en avril 2022, puis a suspendu TF1 et LCI en novembre 2025. [O2]  Une analyse de Article 19 souligne que la suspension de certains médias a suscité de vives craintes pour la liberté d’expression dans le pays.

Cette dégradation est étroitement liée à la situation politique. Depuis les coups d’État successifs du 18 août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, puis le 24 mai 2021[O3] , mené par le colonel Assimi Goïta contre le président de transition Bah N’Daw, la junte militaire a consolidé son pouvoir tout en restreignant les libertés civiles. Le rapport de Freedom House met en évidence un recul global des droits politiques et des libertés civiles, y compris la liberté de la presse.

D’autres organisations confirment cette tendance inquiétante. Reporters Without Borders note que les journalistes au Mali font face à des pressions croissantes, à des menaces et à des actes d’intimidation, ce qui favorise l’autocensure et limite la diversité de l’information.

Les institutions nationales ont également exprimé leurs préoccupations. La commission des droits de l’homme du Mali a condamné les restrictions imposées à la liberté d’expression, soulignant leur incompatibilité avec les engagements internationaux du pays.

Enfin, la situation sécuritaire s’est aggravée avec l’intensification des attaques du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin, lié à Al-Qaïda contre les forces armées maliennes et par la mise en place d’un blocus sur le carburant en détruisant de nombreux camions-citernes[O4] . Cette situation sécuritaire aggrave encore les risques pour les journalistes. Entre les menaces provenant des groupes armés et celles des forces étatiques, exercer le métier de journaliste au Mali est devenu particulièrement dangereux. Un reportage de l’Associated Press met en lumière ce climat de peur et les difficultés rencontrées par les médias dans le pays.

En somme, la liberté de la presse au Mali est confrontée à des défis majeurs : répression politique, restrictions juridiques et insécurité généralisée. Sans réformes profondes et garanties concrètes pour protéger les journalistes, cette situation risque de continuer à se détériorer, compromettant davantage la transparence et la responsabilité démocratique dans le pays.


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